IA et bilan de compétences : peut-elle remplacer le consultant ?
- Clara Antok
- 2 juin
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 juil.

L’intelligence artificielle s’invite progressivement dans la pratique du bilan de compétences. Avec elle, une question revient régulièrement chez les consultants :
« Si l’IA peut analyser un parcours, explorer des compétences et aider à structurer une synthèse, quelle est encore la place du consultant en bilan de compétences ? »
La réponse est simple : elle reste centrale.
L’IA conversationnelle peut assister certaines tâches de préparation, d’exploration ou de structuration. Elle permet ainsi au consultant de consacrer davantage d’attention à ce qui fait la véritable valeur du bilan de compétences : la qualité de la relation humaine, l’écoute et l’accompagnement d’une personne dans toute la singularité de son parcours.
L’IA ne réalise donc pas le bilan à la place du professionnel. Utilisée avec méthode et discernement, elle peut en revanche enrichir sa pratique.
Voici concrètement comment l’IA peut intervenir dans les différentes phases du bilan de compétences et ce qu’elle peut changer dans la relation entre le consultant et le bénéficiaire.
Ce que la relation consultant-bénéficiaire demande vraiment
Un bilan de compétences réussi repose sur un élément qu’aucun outil ne peut remplacer : la confiance.
Le bénéficiaire doit se sentir entendu, compris et accueilli sans jugement. Il doit pouvoir partager ses interrogations, ses hésitations, ses échecs, ses doutes et parfois les contradictions de son parcours. L’objectif est qu’il ressorte de son accompagnement avec davantage de clarté, une meilleure compréhension de ses compétences et un projet professionnel plus structuré.
Cette qualité relationnelle demande au consultant une présence réelle.
Or, dans la pratique, cette présence peut être entamée par plusieurs tâches cognitives réalisées en parallèle : prendre des notes, structurer les informations, rechercher des pistes, anticiper la prochaine question ou garder le fil des éléments évoqués au cours des différentes séances.
C’est à cet endroit que l’intelligence artificielle peut intervenir.
Non pas pour remplacer le consultant, mais pour l’aider à préparer son travail et à préserver sa capacité d’écoute.
IA et phase d’investigation : enrichir l’exploration du parcours
La phase d’investigation constitue le cœur du bilan de compétences. Elle permet au bénéficiaire d’explorer ses compétences, ses motivations, ses valeurs, ses besoins, ses contraintes et les différentes pistes qui pourraient donner une nouvelle direction à son parcours professionnel.
Le Code du travail précise que cette phase doit permettre au bénéficiaire de construire son projet professionnel, d’en vérifier la pertinence ou d’élaborer une ou plusieurs solutions alternatives. Elle reste conduite sous la responsabilité du consultant qui réalise le bilan de compétences.
Source institutionnelle : article R6313-4 du Code du travail relatif aux trois phases du bilan de compétences.
L’IA peut jouer un rôle utile en amont d’une séance. Elle peut notamment aider le consultant à :
préparer des questions d’exploration ;
envisager un angle complémentaire ;
reformuler une compétence ;
structurer des informations déjà recueillies ;
repérer certains thèmes récurrents ;
concevoir un exercice adapté à l’objectif de la séance.
Prenons un exemple de consigne formulée à partir d’une situation générale et non identifiable :
« À partir des éléments suivants — goût pour la coordination, fatigue face aux tâches répétitives et énergie dans les contextes de changement — propose cinq questions ouvertes permettant d’explorer les environnements professionnels dans lesquels cette personne pourrait mobiliser au mieux ses compétences. Ne formule aucun diagnostic et ne recommande aucun métier. »
L’IA génère alors des pistes de questionnement.
Le consultant conserve toutefois l’ensemble de son rôle : il sélectionne les questions pertinentes, les adapte au vocabulaire du bénéficiaire, choisit le moment approprié et conduit l’échange.
L’intérêt ne réside donc pas dans la réponse brute de l’outil. Il se trouve dans la capacité du professionnel à utiliser cette réponse comme un matériau de réflexion.
Le bénéficiaire peut ainsi profiter de questions plus ciblées et d’une exploration plus structurée. De son côté, le consultant arrive en séance mieux préparé et peut consacrer davantage d’attention à l’écoute et à la compréhension du parcours.
IA et synthèse du bilan de compétences : structurer sans déléguer
La rédaction du document de synthèse est souvent vécue par les consultants comme une tâche exigeante.
Elle demande de reprendre les éléments apparus au cours de l’accompagnement, de les organiser, de les reformuler et de restituer fidèlement les compétences, les motivations, les projets envisagés et les principales étapes du plan d’action.
L’IA conversationnelle peut aider à préparer une première structure ou à reformuler certains éléments. Elle peut, par exemple, proposer un classement thématique, vérifier la cohérence formelle du document ou suggérer plusieurs formulations d’un même passage.
Cet usage doit néanmoins rester encadré.
Il ne s’agit pas de copier automatiquement les notes de séance dans un outil d’intelligence artificielle. Les informations utilisées doivent être sélectionnées, limitées au strict nécessaire et traitées dans des conditions compatibles avec les obligations de confidentialité et de protection des données.
Le consultant retravaille ensuite le matériau produit, le confronte à son analyse professionnelle et s’assure que le document final restitue fidèlement ce qui a émergé au cours du bilan.
La rédaction, la validation et la responsabilité du document de synthèse restent entre ses mains.
L’IA peut donc alléger une partie du travail de mise en forme. Elle ne détermine ni le sens du parcours, ni la pertinence du projet, ni la nature des conclusions remises au bénéficiaire.
Le bénéficiaire devient plus acteur de son parcours
L’un des usages les plus intéressants de l’IA dans le bilan de compétences concerne son influence possible sur la posture du bénéficiaire.
Certains consultants utilisent ponctuellement l’IA en séance, dans une logique de co-exploration.
Ils peuvent, par exemple, proposer au bénéficiaire de décrire une compétence à partir d’une expérience professionnelle, puis examiner ensemble différentes reformulations proposées par l’outil.
Le consultant peut alors demander :
« Quelle formulation vous semble la plus fidèle à ce que vous avez réellement vécu ? »
« Qu’est-ce qui vous paraît juste, incomplet ou exagéré ? »
« Quel exemple concret pourrait démontrer cette compétence ? »
L’IA n’apporte pas ici une réponse définitive. Elle fournit un support de discussion.
Cette approche peut produire deux effets intéressants.
Le bénéficiaire voit ses expériences reformulées et structurées. Cela peut l’aider à mieux prendre conscience de ses compétences et à trouver les mots pour décrire son identité professionnelle.
Il adopte également une posture plus active. Il ne reste pas dans l’attente d’une conclusion formulée par le consultant : il examine, nuance, refuse ou s’approprie les propositions qui lui sont présentées.
L’outil ne prend donc pas le pouvoir sur l’accompagnement. Il peut, lorsqu’il est bien utilisé, favoriser une réflexion plus participative.
« Ce n’est pas l’IA qui fait le bilan. C’est le consultant, augmenté dans sa capacité de préparation. Et c’est le bénéficiaire, plus conscient et plus actif dans son parcours. »
Ce que l’IA ne remplace pas dans un bilan de compétences
L’IA peut analyser des éléments textuels, structurer, reformuler et générer des propositions.
Elle ne remplace cependant pas les compétences relationnelles et professionnelles du consultant.
Un système d’IA ne perçoit pas une émotion, une hésitation ou une résistance de la même manière qu’une personne présente dans l’échange. Il ne comprend pas spontanément tout ce qui se joue derrière un silence, un changement de ton ou une contradiction.
Il ne peut pas davantage :
ajuster sa présence à la fragilité particulière d’un moment ;
construire seul une relation de confiance durable ;
comprendre toute la complexité d’un parcours à partir de quelques informations ;
mesurer les conséquences humaines d’une piste professionnelle ;
décider avec toute la finesse nécessaire de ne pas poser une question parce que le moment ne s’y prête pas ;
assumer la responsabilité méthodologique et professionnelle de l’accompagnement.
Ces compétences constituent le cœur du métier de consultant en bilan de compétences. L’IA ne les rend pas moins importantes. Au contraire, son utilisation demande davantage de discernement, de recul critique et de maîtrise professionnelle.
Confidentialité : quelles précautions prendre avec l’IA ?
La confidentialité ne peut pas être traitée comme un détail technique.
Les informations recueillies pendant un bilan de compétences peuvent concerner le parcours professionnel, les difficultés rencontrées, les motivations, les projets, les contraintes personnelles ou certains éléments sensibles de la situation du bénéficiaire.
Ces informations ne doivent pas être transmises sans précaution à un outil d’intelligence artificielle.
Retirer le nom et le prénom ne suffit pas toujours à rendre un contenu anonyme. Un âge précis, une fonction rare, une localisation ou la combinaison de plusieurs informations peuvent parfois permettre de reconnaître indirectement une personne.
La CNIL distingue ainsi :
l’anonymisation, qui doit empêcher l’identification de manière effective et irréversible ;
la pseudonymisation, qui masque l’identité directe mais laisse possible une réidentification au moyen d’informations complémentaires.
Les données pseudonymisées restent des données personnelles.
Pour en savoir plus : CNIL, « L’anonymisation de données personnelles ».
Avant d’utiliser une IA dans sa pratique, le consultant doit donc notamment vérifier :
la nature des données transmises ;
les conditions d’utilisation de l’outil ;
les modalités de conservation des informations ;
l’éventuelle réutilisation des contenus par le fournisseur ;
le cadre défini par son organisme ;
la possibilité de travailler à partir d’un cas fictif ou généralisé ;
l’information communiquée au bénéficiaire.
La CNIL rappelle également que l’utilisation d’un système d’IA générative impliquant des données personnelles doit respecter les principes du RGPD et les droits des personnes.
Source institutionnelle : CNIL, « Questions-réponses sur l’utilisation d’un système d’IA générative ».
Se former pour intégrer l’IA avec discernement
Intégrer l’IA dans sa pratique de consultant ne s’improvise pas.
Cela demande de comprendre ce que ces outils savent réellement faire, de reconnaître leurs limites, de construire des consignes professionnelles et de savoir dans quelles situations leur utilisation est pertinente.
Il faut également apprendre à utiliser l’IA sans compromettre la confidentialité du bénéficiaire, sans déléguer son analyse et sans affaiblir la relation humaine.
La formation « Intégrer l’IA conversationnelle à la pratique du bilan de compétences » est proposée par Pensée Libellule, consultant de Linkom Consultants.
Elle a été conçue et est animée par Laetitia Choukroun, praticienne certifiée en bilan de compétences, formatrice et ingénieure pédagogique.
Son programme et ses modalités d’inscription sont présentés sur le site de Linkom Consultants :
Cette formation aide les consultants à intégrer l’intelligence artificielle comme un outil d’appui au service de la qualité de l’accompagnement, de la structuration des séances et de la rigueur méthodologique.
Elle ne vise pas à automatiser le bilan de compétences. Elle apprend au contraire à préserver la posture du consultant, à vérifier les productions générées et à maintenir une répartition claire des rôles entre l’outil, le professionnel et le bénéficiaire.
Pour les personnes qui souhaitent découvrir comment cette approche peut être mobilisée dans l’accompagnement de parcours professionnels non linéaires, le bilan de compétences multipotentiel proposé par Pensée Libellule présente une application concrète de cette démarche.
Questions fréquentes sur l’IA et le bilan de compétences
L’IA peut-elle remplacer le consultant en bilan de compétences ?
Non. L’IA peut aider à analyser des éléments textuels, à structurer des informations ou à générer des propositions. Elle ne remplace pas la relation de confiance, l’écoute, l’interprétation professionnelle et la responsabilité du consultant.
La valeur du professionnel réside précisément dans sa capacité à comprendre la situation singulière du bénéficiaire, à contextualiser les informations et à accompagner une décision qui engage son parcours.
Comment utiliser l’IA sans compromettre la confidentialité du bénéficiaire ?
Il faut limiter les informations transmises au strict nécessaire et éviter de communiquer des données permettant d’identifier directement ou indirectement le bénéficiaire.
La suppression du nom ne constitue pas toujours une anonymisation suffisante. Il convient également de vérifier les conditions de traitement et de conservation des données par l’outil utilisé.
Lorsque cela est possible, il est préférable de travailler à partir d’une situation fictive, généralisée ou véritablement anonymisée.
L’utilisation de l’IA doit-elle être expliquée au bénéficiaire ?
La transparence est indispensable à la relation de confiance.
Lorsque l’IA intervient dans la préparation, l’analyse ou la co-exploration d’un élément du bilan, le bénéficiaire doit recevoir une information claire sur l’usage réalisé et sur la place exacte de l’outil.
Les modalités juridiques précises dépendent toutefois de la nature des données, du traitement effectué et du cadre défini par le consultant. L’utilisation de l’IA doit donc être intégrée à une politique professionnelle de protection des données et de confidentialité.
Peut-on utiliser l’IA directement pendant une séance ?
Oui, lorsque cet usage est pertinent, expliqué au bénéficiaire et compatible avec les règles de confidentialité applicables.
L’IA peut, par exemple, être utilisée comme support de co-exploration pour comparer différentes formulations d’une compétence.
Elle ne doit cependant pas devenir l’interlocuteur principal de la séance ni présenter ses productions comme des conclusions certaines.
L’IA peut-elle rédiger le document de synthèse ?
L’IA peut aider à préparer une structure, à reformuler un passage ou à organiser certains éléments préalablement sélectionnés.
Le consultant doit toutefois vérifier chaque proposition, adapter le contenu, garantir sa fidélité au parcours du bénéficiaire et assumer la responsabilité du document final.
Quels usages de l’IA sont les plus utiles au consultant ?
L’IA peut notamment aider à :
préparer des questions d’entretien ;
créer des variantes d’un exercice ;
reformuler une compétence ;
structurer une séance ;
organiser des informations déjà sélectionnées ;
préparer une trame de document ;
comparer plusieurs hypothèses de travail.
La valeur de ces usages dépend toujours de la qualité du cadre donné à l’outil et de la vérification réalisée par le consultant.
Vers un consultant mieux outillé, mais toujours responsable
L’intelligence artificielle peut enrichir la pratique du bilan de compétences.
Elle peut aider le consultant à préparer ses séances, à explorer différents angles, à structurer certaines informations et à consacrer davantage de temps à la qualité de l’échange.
Elle ne remplace ni la présence, ni l’écoute, ni la compréhension du contexte. Elle ne transforme pas une hypothèse en vérité et ne retire pas au professionnel la responsabilité de ses décisions.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer l’IA et la relation humaine.
Il consiste à attribuer à chacun sa juste place :
l’IA assiste certaines tâches ;
le bénéficiaire participe activement à sa réflexion ;
le consultant analyse, contextualise, arbitre et accompagne.
C’est cette répartition claire des rôles qui permet de faire de l’intelligence artificielle un véritable outil professionnel au service du bilan de compétences.
À propos des auteures de l'article

Laetitia Choukroun
Chroniqueuse TV, formatrice, praticienne certifiée en bilans de compétences et auteure du Manuel de Multipotentialité. Fondatrice de Pensée Libellule et consultante au sein de l’équipe de Linkom Consultants, elle accompagne notamment les personnes aux parcours professionnels non linéaires et forme les consultants souhaitant intégrer l’intelligence artificielle dans leur pratique sans perdre la dimension humaine de l’accompagnement.

Clara Antok
Fondatrice de Linkom Consultants
Organisme de formation et centre de bilan de compétences depuis 2005
Psychosociologue et formatrice spécialisée dans le bilan de compétences depuis 2005.





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