IA et bilan de compétences : ce que l'AI Act impose, ce que Qualiopi recommande — et comment en faire un avantage
- Clara Antok
- 2 juin
- 5 min de lecture
Beaucoup de consultants en bilan de compétences se posent la même question en ce moment : «Est-ce que j’ai le droit d’utiliser l’IA dans ma pratique ? Est-ce que c’est compatible avec Qualiopi ?» D’autres se demandent s’ils doivent vraiment se former, ou si ce n’est pas encore obligatoire.
La réponse est claire : c’est déjà obligatoire. Et pour les consultants en bilan de compétences spécifiquement, Qualiopi va dans le même sens. Voici ce que vous devez savoir — et comment anticiper plutôt que subir.
Ce que l’AI Act impose depuis février 2025
L’AI Act européen (Règlement UE 2024/1689) est entré en vigueur le 1er août 2024, avec une application progressive. La première échéance majeure est déjà passée.
Depuis le 2 février 2025, l’article 4 du règlement est applicable. Il impose à toutes les organisations — quelle que soit leur taille, y compris les indépendants — qui utilisent des systèmes d’IA dans un cadre professionnel de prendre les mesures nécessaires pour garantir un niveau suffisant de maîtrise de l’IA parmi leur personnel.
Concrètement : si vous utilisez ChatGPT, Claude, Perplexity ou tout autre outil d’IA conversationnelle dans votre pratique de consultant — y compris pour préparer vos séances, rédiger des synthèses ou explorer des pistes avec votre bénéficiaire — vous êtes déjà dans le périmètre de l’AI Act.
La prochaine échéance majeure est le 3 août 2026 : à cette date, les autorités nationales pourront engager des contrôles et prononcer des sanctions allant jusqu’à 7,5 millions d’euros ou 1,5 % du chiffre d’affaires annuel. Un report partiel au 2 août 2027 est actuellement en discussion pour certains systèmes à haut risque — mais rien n’est acté.
Point important pour les consultants en bilan : la formation professionnelle est explicitement classée parmi les 8 domaines à haut risque de l’Annexe III de l’AI Act. Le Sénat français a par ailleurs adopté en février 2026 un amendement nommant explicitement les organismes de formation professionnelle comme cibles des contrôles DGCCRF. Attendre n’est pas une option.
Ce que Qualiopi dit sur l’utilisation de l’IA
Qualiopi ne dispose pas encore d’un indicateur dédié à l’intelligence artificielle. Mais plusieurs indicateurs existants ont des implications directes sur l’usage de l’IA — et les auditeurs en tiennent compte de plus en plus.
Indicateur 23 — Veille légale et réglementaire
Il exige que votre organisme assure une veille sur les évolutions légales et réglementaires. L’AI Act, entré en vigueur en 2024 avec des échéances progressives jusqu’en 2027, entre pleinement dans cette obligation. Ne pas connaîtra le cadre réglementaire de l’IA en 2026 peut constituer un écart lors d’un audit.
Indicateur 25 — Veille pédagogique et technologique
Il exige que vous mainteniez vos compétences à jour sur les évolutions technologiques impactant votre pratique. L’IA conversationnelle transforme le champ de l’accompagnement professionnel depuis 2023. Ne pas l’avoir intégré à votre veille est aujourd’hui difficilement justifiable.
Indicateur 17 — Moyens pédagogiques
Si vous utilisez un outil d’IA dans le cadre de votre bilan — pour la préparation, la restitution, ou l’exploration avec le bénéficiaire — il doit figurer dans la description des moyens mis à disposition. La transparence sur les outils utilisés est une exigence Qualiopi, et l’IA ne fait pas exception.
Indicateur 6 — Adaptation des contenus
Les auditeurs attendent désormais une formalisation des outils utilisés dans la conception de l’accompagnement, y compris les outils IA.
En résumé : Qualiopi n’interdit pas l’IA. Elle en demande la traçabilité et la maîtrise. Ce qui, précisément, suppose une formation.
Ce que «maîtriser l’IA» signifie concrètement pour un consultant en bilan
L’AI Act ne prescrit ni format, ni durée, ni contenu de formation. Il appartient à chaque professionnel de démontrer qu’il a atteint un niveau de compréhension adapté aux systèmes qu’il utilise.
Pour un consultant en bilan de compétences, cela signifie au minimum :
Comprendre comment fonctionnent les outils d’IA conversationnelle qu’il utilise (et leurs limites)
Savoir formuler des prompts pertinents pour le contexte du bilan
Être capable d’expliquer à son bénéficiaire comment ces outils sont utilisés et dans quel cadre (transparence)
Connaîtra les règles de confidentialité liées aux données personnelles du bénéficiaire dans le contexte de l’IA
Savoir identifier et corriger les biais ou erreurs potentiels produits par l’IA
Ce n’est pas une formation technique. C’est une formation métier — ancrée dans la pratique réelle du bilan, avec les outils que vous utilisez déjà ou que vous pourriez intégrer.
Pourquoi se former maintenant est un avantage, pas une contrainte
Les consultants qui intègrent l’IA à leur pratique dès aujourd’hui ne le font pas par obligation réglementaire. Ils le font parce que ça améliore leur accompagnement — et leur différenciation.
Un consultant qui maîtrise les outils d’IA peut préparer ses séances de façon plus approfondie, proposer des restitutions plus riches, et permettre à son bénéficiaire d’être plus acteur de son parcours. Ce n’est pas l’IA qui fait le bilan — c’est le consultant, augmenté.
Ceux qui attendent 2027 pour se former arriveront dans un marché où leurs pairs auront deux ans d’avance sur l’intégration de ces pratiques.
La formation conçue pour les consultants en bilan
C’est dans ce contexte que j’ai conçu la formation «Intégrer l’IA conversationnelle à la pratique du bilan de compétences», disponible chez Linkom Consultants.
Elle est entièrement pensée pour les professionnels du bilan — pas pour des techniciens ou des développeurs. Elle part des situations réelles du terrain : comment utiliser l’IA pour explorer les compétences d’un bénéficiaire, comment enrichir la phase d’investigation, comment produire une synthèse de qualité, et comment documenter tout cela dans le respect de Qualiopi.
Pour les consultants qui accompagnent des profils multipotentiels ou aux parcours non linéaires, j’ai développé en parallèle un bilan de compétences dédié aux multipotentiels — disponible sur Pensée Libellule.
Questions fréquentes
L’utilisation de l’IA dans le bilan de compétences est-elle compatible avec Qualiopi ?
Oui, à condition que les outils utilisés soient formalisés dans les moyens pédagogiques (indicateur 17), que leur usage soit transparent vis-à-vis du bénéficiaire, et que le consultant soit en mesure de démontrer sa maîtrise de ces outils lors d’un audit. Qualiopi ne s’oppose pas à l’IA — elle en demande la traçabilité.
L’AI Act s’applique-t-il aux consultants indépendants en bilan ?
Oui. Le texte couvre tous les déployeurs de systèmes d’IA, quelle que soit la taille de la structure. Un consultant indépendant qui utilise un outil d’IA conversationnelle dans sa pratique est concerné au même titre qu’un organisme de formation de grande taille.
Faut-il attendre 2027 pour se mettre en conformité ?
Non. L’obligation de maîtrise de l’IA (article 4) est en vigueur depuis février 2025. Le débat sur 2027 porte sur le report éventuel des sanctions pour les systèmes à haut risque — pas sur l’obligation elle-même. Et la formation professionnelle est explicitement classée comme domaine à haut risque.
Cette formation est-elle finançable ?
La formation proposée par Linkom Consultants est éligible aux financements professionnels. Contactez directement Linkom Consultants pour les modalités.

À propos de l’auteure — Laetitia Choukroun est chroniqueuse TV, formatrice, praticienne certifiée en bilans de compétences et auteure du Manuel de Multipotentialité. Elle accompagne les profils aux parcours non linéaires via penseelibellule.fr et forme les consultants en bilan à l’intégration de l’IA dans leur pratique.
Bilan de compétences multipotentiel : www.penseelibellule.fr/bilan-de-competences-multipotentiel





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